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Gatien Airiau équipe de france

Interview de Gatien Airiau, qui vient de courir les jeux Méditerranéens avec l’Équipe de France

À 29 ans, Gatien Airiau, spécialiste du 3000m steeple, qui a rejoint depuis cette saison le Clermont Auvergne Athlétisme après avoir jusque là toujours été licencié à Grenoble, est probablement dans la meilleure forme de sa carrière. Médaillé aux championnats de France de cross-country cet hiver, en bronze sur le court, et en or par équipes sur le relais, l’Isérois enchaîne cet été avec un record sur sa distance de prédilection, le steeple, qui lui a ouvert les portes de l’Équipe de France A, avec qui il vient de disputer les Jeux Méditerranéens et qu’il pourrait à nouveau rejoindre en août prochain, aux championnats d’Europe de Munich. Portrait de cet athlète pas comme les autres, qui jongle entre haut niveau et vie professionnelle chargée.

TRC : Salut Gatien, cette année à Décines au MNEL tu as réalisé les minimas pour les championnats d’Europe de Munich sur 3000m steeple, avec un chrono impressionnant de 8’27’’26 : est ce que c’était ton objectif ou est ce que cela dépasse tes espérances ?

Gatien Airiau : Hello TRC ! C’était bien l’objectif. Après une course solide, mais un peu en deçà de ce que j’espérais à Oordegem, je voulais courir sous les 8’30 et me rapprocher de mon record. Au final je bats mon record d’un petit centième … ils sont tous bons à prendre ! 

Je suis en forme, après un bon hiver et de bons cycles d’entrainement. Les minimas pour les championnats d’Europe de Munich sont en effet validés, mais la route est encore longue avant de voir la Bavière.

TRC : Peux-tu nous raconter comment tu as abordé et ensuite vécu cette course ? (Le MNEL te réussit en tout cas puisque tu y avais déjà réalisé ton RP l’an passé)

GA : Le MNEL me réussit plutôt bien ! 3 records battus sur 4 éditions, c’est une statistique plutôt correcte. 

Tous les ingrédients étaient réunis pour performer : une bonne course, un meneur d’allure très régulier, et des conditions météos parfaites. Bizarrement, ce sont des courses plutôt simples à gérer. Il faut être volontaire, bien concentré sur les obstacles, bien relâché, calé dans la foulée du lièvre, et finir fort pour aller chercher les précieuses secondes sur le dernier tiers de course.

Gatien Airiau
Mon vrai moteur c’est l’envie. Je ne dépends absolument pas de mes résultats sportifs. Ce que je fais sur les pistes j’en suis fier, j’y mets beaucoup de temps et d’énergie, mais ça reste un hobby.

TRC : Tu avais déjà connu une sélection en jeunes et avais tutoyé le très haut niveau, en passant notamment par les US en tant que Student athlete, avant de t’éloigner un peu de l’athlétisme pour te concentrer sur ta carrière. Qu’est-ce qui t’a « remis » dedans ? Car cette année tu sembles vraiment plus fort que jamais, entre ta 3ème place aux France de cross cet hiver et cette saison estivale…

GA : Depuis 10 ans, j’ai toujours gardé l’athlétisme en fil rouge, avec la volonté de rester dedans.

Certes, les deux années à San Francisco ont été très intenses. Notamment du côté sportif, c’était dingue ! La découverte d’une nouvelle culture, une nouvelle méthode d’entrainement, la richesse du sport universitaire américain, les meetings aux 4 coins du pays … C’est avant tout l’expérience humaine que je retiens. On s’est quand même retrouvé à disputer les championnats de conférence (équivalent de nos ¼ de finale pour la saison de cross française) à Hawaii. La course était à 7h du mat’ en raison de la chaleur, à 10h on était avec masque et tuba pour aller explorer les coraux ! Sur le plan perso c’était aussi dense. Je suivais deux masters en parallèle, donc pas vraiment le temps de s’ennuyer.

A mon retour en France, j’ai été quelque peu rattrapé par la réalité. Direction Paris pour y faire mon stage de fin d’études. Les 6 mois se sont transformés en 3 ans. J’ai passé beaucoup de temps dans les transports, mais chaque jour je ponçais le canal de l’Ourcq et les pistes en bord de périph’ pour garder la forme et rester performant. Ce fut 3 années formatrices, pleines de belles rencontres, de beaux projets qu’ils soient sportifs, professionnels ou persos. J’y ai surtout découvert l’athlétisme un peu plus amateur, qui me plait aussi énormément.

Depuis un an et demi maintenant, je vis à Annecy. Je pense avoir trouvé un bon équilibre général. Les journées sont bien chargées, entre le boulot, la vie en général qui suit son cours, et bien sûr l’athlétisme. Je ne sais pas si je suis beaucoup plus fort qu’il y a deux ans, j’ai surtout gagné en régularité. Je me troue rarement, que ce soit à l’entraînement ou en compétition, et je gère surement mieux les courses qui comptent.

TRC : Comment t’organises-tu entre ta vie d’athlète et ton travail à temps plein chez Salomon en tant que product manager running ?

GA : J’ai toujours souhaité mener les deux de front. D’une certaine manière, j’ai réussi à faire du sport mon métier. La journée, chez Salomon, je suis de « l’autre côté de la barrière ». Courir, c’est pour moi la garantie d’avoir un moment réservé dans la journée où je suis dehors, où je peux faire du sport. Souvent c’est après une grosse journée de boulot, parfois à midi. Je m’adapte en fonction de mes contraintes personnelles & professionnelles. Mais je sais que, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, je vais y aller car j’en ai envie ! Le sport s’inscrit vraiment dans un équilibre de vie global.

Mon vrai moteur c’est l’envie. Je ne dépends absolument pas de mes résultats sportifs. Ce que je fais sur les pistes j’en suis fier, j’y mets beaucoup de temps et d’énergie, mais ça reste un hobby. Et comprendre cela a été la clé pour moi. Quand je vais à l’entrainement, c’est sur mon temps libre. Quand je vais en compétition à l’autre bout de la France, c’est sur mes weekends. J’y vais à chaque fois pour donner le maximum, mais surtout pour y vivre de bons moments. J’ai toujours ce petit stress d’avant course, mais la pression est vraiment différente !

Sport & vie pro sont indissociables, et ça se fait assez naturellement. Pour l’organisation, j’essaie d’optimiser les temps de transports, donc je fais tout en partant directement de chez moi ou de mon lieu de travail. Pour les séances spécifiques sur la piste, je m’échauffe jusqu’au stade avec les pointes à la main ! Le plus crucial, c’est la gestion. Il faut accepter de courir avec un peu de fatigue mentale, un niveau d’énergie assez variable, parfois repousser une séance pour la réaliser dans de meilleures conditions. Avec l’expérience, on apprend à gérer les imprévus et à s’adapter.

TRC : En tant que vrai pistard, ça ne te fait pas bizarre parfois de travailler chez la marque spécialiste du Trail ?

GA : J’ai grandi dans les Alpes, fait beaucoup de ski, et maintenant de l’athlé … Salomon c’est le mix parfait de tout ce que j’aime ! Une marque française avec des valeurs fortes, un héritage et une identité unique.

J’ai rejoint l’entreprise il y a maintenant 18 mois. Il y a une vraie initiative qui se lance sur la conception de chaussures de course plus orientées route, avec une équipe 100% dédiée. Le projet est très ambitieux !

L’objectif est de devenir une marque de running. En tant que product line manager, mon rôle est d’amener une gamme cohérente, et d’accompagner tout le cycle de vie du produit de son idée, sa création, son développement, jusqu’à sa commercialisation. C’est passionnant de découvrir l’arrière-boutique de cette industrie, et de pouvoir interagir avec les acteurs de notre sport dans le monde entier.

C’est un beau défi. On n’est pas forcément attendu sur ce marché très concurrentiel … mais le rôle de challenger me plait bien ! 

Sport & vie pro sont indissociables, et ça se fait assez naturellement. Pour l’organisation, j’essaie d’optimiser les temps de transports, donc je fais tout en partant directement de chez moi ou de mon lieu de travail

TRC : Peux-tu nous donner dans les grandes lignes une semaine type d’entraînement pour toi ? Est-ce que tu t’entraînes autant que par le passé ?

GA : Je m’entraine de façon assez similaire depuis 3-4 ans. Victor Moreau, mon coach, pote, et partenaire d’entrainement mix le meilleur de ce qu’on a pu expérimenter en France ou à l’étranger lors de nos expériences passées. Je double assez peu, mais quand j’y vais c’est assez rentable au niveau des bornes !

Une semaine type c’est une bonne centaine de bornes, un peu plus en hiver, avec :

  • Un footing le lundi
  • Une VMA le mardi ou mercredi
  • Une séance de côtes
  • Une spé le vendredi ou le samedi (plus ou moins long en fonction de l’objectif)
  • Une sortie longue le dimanche avec allures variées.

Je varie aussi beaucoup plus les sports qu’avant : ski de rando, vélo … Ça me permet de voir autre chose, et prévenir la lassitude (notamment l’hiver avec les journées plus courtes et beaucoup d’entrainements de nuit).

Sinon, pas de stage spécifique athlétisme. J’en ai eu fait, à Font Romeu ou au Kenya. Aujourd’hui, quand je pose des congés, c’est avant tout pour voyager et découvrir de nouveaux endroits. Je continue toujours de m’entrainer, mais j’ai besoin de diversité, de voir et faire autre chose pour y trouver du plaisir.  

Enfin, sur les intersaisons ou les semaines de récup, je pratique avec excès tout ce que je n’ai pas le temps de faire en temps normal : tennis, golf, et du trail + rando !

TRC : Comment envisages-tu le reste de ta saison maintenant que tu as fait ces minimas pour les Europe ?

GA : C’est incroyable de pouvoir porter ce maillot Bleu. Ça a été un véritable honneur de l’avoir sur le dos lors de ces Jeux Méditerranéens.

Pour la suite, vous savez que ça ne dépend pas que de moi. Je prends course après course, et je reste concentré sur ce que je peux contrôler : courir intelligemment et donner le maximum !

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