Rénelle Lamote : à 32 ans, la revanche d'une carrière construite autrement
Il y a des chronos qui valent bien plus que le temps affiché sur l’horloge. Dimanche 28 juin 2026, sur la piste bleue de Charléty, Rénelle Lamote a franchi la ligne du 800 m du meeting de Paris en 1’56″93. Son tout premier chrono sous la barre des 1’57 », à 32 ans, après plus de dix ans passés au plus haut niveau. La preuve qu’à contre-courant de toute logique sportive, certaines athlètes ne déclinent pas : elles continuent d’accélérer. Portrait d’une coureuse qui a fait de la patience une arme.
Qui est Rénelle Lamote ? Origines, club et parcours
Avant le récit de l’exploit, quelques repères pour ceux qui découvrent l’athlète. Rénelle Lamote est née le 26 décembre 1993 à Coulommiers, en Seine-et-Marne. Une pure enfant de la campagne briarde, qui a grandi dans un petit village avant de rejoindre l’internat sport-études à 14 ans. Aujourd’hui licenciée au Montpellier Athletic Méditerranée Métropole, après être passée par Athlé Sud 77, le Pays de Fontainebleau et le Racing Multi Athlon, elle est entraînée depuis 2021 par Bruno Gajer. Spécialiste du 800 m et du cross, elle compte 22 sélections en équipe de France A.
Le soir où Rénelle Lamote a battu son record à 32 ans
Le décor, d’abord. Le 800 m féminin du meeting de Paris était présenté comme l’un des sommets de la soirée, et il a tenu toutes ses promesses. Emmenée par la Suissesse Audrey Werro, victorieuse en 1’53″80 (troisième meilleure performance de l’histoire), la course a été l’une des plus rapides jamais courues : les dix concurrentes ont terminé sous les 1’59 ». Dans ce chaudron, la Française Anaïs Bourgoin a battu le record de France (1’55″65), effaçant une marque qui tenait depuis 1995.
Et cinquième de cette course de légende, Rénelle Lamote. 1’56″93. Un chrono qui, dans n’importe quel autre 800 m, aurait fait la une — ici presque noyé sous les exploits, mais historique à sa manière. Car avec ce temps, la Montpelliéraine entraînée par Bruno Gajer entre dans le club très fermé des Françaises sous 1’57 ». Son verdict au micro, le sourire jusqu’aux oreilles : « Je suis trop heureuse. 1’56 », c’était le rêve de ma carrière. »
Un palmarès de médailles… et de frustrations
Il faut le dire d’emblée : Rénelle Lamote n’est pas une débutante qui découvre le haut niveau sur le tard. C’est l’une des demi-fondeuses françaises les plus décorées de sa génération.
Son armoire à trophées aligne trois médailles d’argent aux Championnats d’Europe en plein air — Amsterdam 2016, Berlin 2018, Munich 2022 — auxquelles s’ajoute une médaille d’argent en salle à Glasgow en 2019. Quatre fois vice-championne d’Europe, donc, un titre de championne d’Europe espoirs en 2015, et une régularité au sommet du 800 m continental qui force le respect.
Le paradoxe, c’est que ces trois finales européennes se sont toutes soldées par la même deuxième place, souvent pour quelques dixièmes. À Amsterdam, à Berlin, à Munich : l’argent, toujours l’argent, jamais l’or. De quoi nourrir chez elle un rapport particulier à la performance, entre fierté et sentiment d’inachevé. Son plus beau souvenir récent reste sans doute la cinquième place en finale des Jeux olympiques de Paris 2024 (1’58″19), à domicile, devant son public — ces mêmes Jeux qu’elle avait longtemps redoutés.
Rénelle Lamote aux Jeux olympiques et aux championnats du monde
Son parcours sur les grands rendez-vous planétaires raconte, lui aussi, une histoire de persévérance. Aux JO de Rio 2016, grande déception : elle est éliminée dès les séries. Aux JO de Tokyo 2021, elle atteint les demi-finales. Puis vient la consécration relative des JO de Paris 2024, avec cette finale et cette 5e place. Côté Mondiaux, elle a connu Pékin 2015 (8e de la finale, à seulement 22 ans), puis une série de demi-finales, jusqu’aux Championnats du monde de Tokyo 2025, sa dernière sélection en date. Aux Championnats d’Europe par équipes, elle a également brillé, s’imposant sur 800 m et contribuant aux couleurs tricolores. Un CV international dense, bâti sur plus d’une décennie de régularité.
Un parcours qui n'a rien d'une ligne droite
Derrière le palmarès, il y a une carrière en dents de scie, faite de ruptures, de blessures et de remises en question.
Les pépins physiques ont jalonné son parcours : tendon d’Achille, aponévrosite plantaire, déchirures au mollet. En 2017, ces blessures l’ont carrément contrainte à faire l’impasse sur toute une saison. À plusieurs reprises, elle a dû repartir de plus bas, remonter la pente, retrouver le niveau international après des mois d’arrêt.
Mais l’obstacle le plus tenace n’était pas dans ses jambes. Il était dans sa tête. Pendant des années, Rénelle Lamote a couru avec ce qu’elle appelle elle-même le syndrome de l’imposteur : le sentiment de ne pas être à sa place dans les grands stades, de ne pas mériter d’être là. « J’ai toujours eu l’impression que je n’avais pas ma place », confie-t-elle. Cette insécurité se lisait jusque dans sa façon de courir — on lui a souvent reproché de courir à l’extérieur, dans le couloir, faute d’oser s’imposer physiquement au cœur du peloton.
Et puis il y avait la pression du public français. Là où d’autres puisent leur énergie dans les tribunes, Lamote a longtemps vécu les stades remplis de Français comme un poids. « Quand on me reconnaît, ça me crispe plus qu’autre chose. » Au point que la perspective de Jeux olympiques à Paris, annoncée comme le rêve de toute une génération, elle l’a d’abord perçue comme un « cadeau empoisonné ».
Le vrai secret de longévité : choisir le bonheur
Face à tout cela, Rénelle Lamote a fait un choix qui détonne dans le monde du sport de haut niveau : celui de ne pas tout sacrifier.
Là où le cliché voudrait que le champion vive « comme un moine » — obsédé par la performance, coupé du monde, ascète jusqu’au bout —, elle a construit sa carrière autrement. De la place pour les études (elle a repris la fac, en psychologie), pour les amis, pour ses passions créatives, pour une vie sociale et personnelle qui existe en dehors de la piste. Sa conviction, qu’elle martèle : pour durer dans le sport de haut niveau, il faut être heureux. Et il faut être heureux d’abord dans sa vie tout court.
Ce basculement, elle le doit en grande partie à un long travail psychologique, entamé presque à contrecœur. Au début, l’idée même de consulter lui paraissait une humiliation, l’aveu d’une faiblesse indigne d’une championne. Ce sont son ancien entraîneur et son agent qui l’y ont poussée. Des années plus tard, elle en parle comme d’un tournant : ce travail sur sa confiance, sa légitimité, son équilibre de vie a fait d’elle non seulement une meilleure athlète, mais surtout une femme mieux dans ses baskets. Aux Jeux de Paris 2024, pour la première fois, elle a réussi à transformer la pression du public en carburant. Le fruit de plusieurs années de préparation, patiemment.
De 2'24 à 1'56 : dix-sept ans de progression
Pour mesurer l’ampleur de ce qu’elle vient d’accomplir, il faut remonter le fil. Le 13 juin 2009, une gamine de 15 ans boucle son premier 800 m officiel en 2’24″53. Rien qui laisse présager une carrière internationale.
La suite ressemble à une ascension méthodique. Il ne lui faut que deux mois pour passer sous les 2’20 ». Deux ans pour descendre sous les 2’10 ». Puis, le 25 mai 2015 à Rehlingen, elle franchit pour la première fois la barrière mythique des 2 minutes, en 1’59″39 — le sésame qui la propulse aux Championnats du monde de Pékin. Dès lors, elle ne quittera plus l’élite mondiale, oscillant saison après saison autour des 1’57 »-1’58 ».
Et voilà qu’en 2026, à 32 ans, elle abaisse encore sa marque de référence : 1’56″93. Onze ans après son premier passage sous les 2 minutes, elle court le chrono le plus rapide de toute sa vie. La courbe est éloquente : 1’58″01 en 2016, 1’57″06 en 2024, 1’56″93 en 2026. Pas de plateau, pas de déclin. Une athlète qui repousse son sommet à un âge où la plupart ont déjà tourné la page.
Où se situe ce chrono dans l'histoire ?
Ce 1’56″93 n’a rien d’anecdotique sur le plan statistique. Au bilan français de tous les temps, il place Rénelle Lamote parmi les toutes meilleures performeuses de l’histoire sur 800 m. Au soir de ce meeting de Paris, le podium all-time tricolore ressemble à ceci : Anaïs Bourgoin (1’55″65, le nouveau record de France signé le même soir), Patricia Djaté-Taillard (1’56″53, l’ancien record de 1995), puis Rénelle Lamote (1’56″93). Une troisième place historique, devant des décennies de spécialistes françaises. Ce qui est en revanche certain, c’est qu’aucune Française n’avait jamais couru aussi vite à 32 ans : Djaté avait établi son record à 24 ans, Bourgoin en a 29. Lamote signe donc, à cet âge, une performance sans précédent dans l’histoire du demi-fond féminin tricolore.
Cap sur Birmingham, une ville qui lui réussit
Au-delà du symbole, le 1’56″93 a une conséquence très concrète : il vaut à Lamote les minima A pour les Championnats d’Europe de Birmingham (10-16 août 2026). Le ticket validé du premier coup, sur la plus grosse course de sa saison — de quoi aborder l’été avec confiance après des mois de doute.
Et le clin d’œil du destin est joli : Birmingham est une ville qui a déjà marqué sa carrière. C’est là, en 2016, qu’elle avait couru 1’58″01, un chrono qui est resté sa meilleure performance pendant cinq ans et qui figure encore aujourd’hui parmi ses tout meilleurs temps. Dix ans plus tard, elle y retourne avec le statut d’une des plus rapides Françaises de l’histoire.
Ce que raconte le retour de Rénelle Lamote
Il y a quelques mois encore, Rénelle Lamote se voyait, selon ses propres mots, « un peu comme la vieille athlète qui dit doucement au revoir ». De nouvelles blessures, le doute, l’impression que la fin approchait.
Sauf qu’une championne construite sur la durée ne renonce pas aussi vite. Son 800 m de Charléty est la réponse à toutes ces interrogations : à 32 ans, en pleine possession de ses moyens, plus rapide que jamais, elle prouve que le meilleur de soi-même n’a pas de date de péremption. Et que la patience, parfois, court plus vite que la précipitation.
Rendez-vous à Birmingham.
Le métier et les études de Rénelle Lamote
Athlète professionnelle rattachée à l’Armée de champions (le dispositif de l’armée française pour les sportifs de haut niveau), Lamote ne se limite pas à la piste. Elle a repris des études de psychologie à la fac, un cursus qui la passionne et occupe une grande partie de son temps entre deux blocs d’entraînement. Une manière, aussi, de nourrir une vie en dehors du sport — on y reviendra, car c’est au cœur de sa philosophie.
Rénelle Lamote est-elle en couple ?
Question fréquente chez celles et ceux qui la suivent sur les réseaux (elle est très active sur Instagram, où elle partage volontiers son quotidien). Rénelle Lamote partage la vie de Val Garat, l’un des meilleurs kitesurfeurs professionnels français. Un couple 100 % sport de glisse et de piste, réuni par le goût de l’effort et du grand air, qui s’affiche régulièrement ensemble en dehors des compétitions.
FAQ — Rénelle Lamote
Quel est le record personnel de Rénelle Lamote ?
Le record personnel de Rénelle Lamote sur 800 m est de 1’56″93, établi le 28 juin 2026 au meeting de Paris (Diamond League), au stade Charléty. C’est son premier chrono sous la barre des 1’57 » et l’un des meilleurs de l’histoire du 800 m féminin français.
Qui est la championne de France du 800 m ?
Rénelle Lamote a été à plusieurs reprises championne de France du 800 m (2014, 2016, 2018, 2019, 2021), en plein air comme en salle. Elle fait partie, avec Anaïs Bourgoin et Clara Liberman, du trio qui domine actuellement la discipline chez les Françaises.
Rénelle Lamote est-elle en couple ?
Oui. Rénelle Lamote partage la vie de Val Garat, kitesurfeur professionnel français.
Qui entraîne Rénelle Lamote ?
Rénelle Lamote est entraînée depuis 2021 par Bruno Gajer, au sein du club de Montpellier Athletic Méditerranée Métropole.
Quel est le palmarès de Rénelle Lamote ?
Trois médailles d’argent aux Championnats d’Europe en plein air (2016, 2018, 2022), une médaille d’argent aux Championnats d’Europe en salle (2019), un titre de championne d’Europe espoirs (2015) et une 5e place en finale des Jeux olympiques de Paris 2024. Elle est l’une des meilleures performeuses françaises de tous les temps sur 800 m.