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Baptiste Chassagne, deuxième de l'UTMB : la performance d'un homme qui refuse de se dire vainqueur

Il a terminé deuxième. Et pourtant, il a couru plus vite que tous les vainqueurs de l’histoire de l’épreuve. Samedi 29 août 2026, à Chamonix, Baptiste Chassagne a bouclé l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 18h47’44, derrière l’Américain Ben Dhiman, après avoir chuté au petit matin et réglé Caleb Olson au sprint pour quarante secondes.

 

Sa réaction au micro tient en une phrase : « C’est presque une victoire pour moi. » Décryptage de la course, et portrait d’un athlète qui ne ressemble à aucun autre.

Baptiste chassagne

La performance : ce que dit vraiment le chrono

Une heure de mieux qu'il y a deux ans

Pour mesurer l’ampleur de ce qu’il vient de réaliser, il faut revenir en 2024. Chassagne terminait déjà deuxième de l’UTMB, derrière Vincent Bouillard, en 20h02. Une performance qui avait fait sensation.

 

Deux ans plus tard, il retranche plus d’une heure et treize minutes à cette marque. Son objectif affiché avant le départ était de passer sous la barre symbolique des vingt heures. Il l’a explosé.

La deuxième meilleure course de l'histoire de l'UTMB

Le classement est cruel, mais les spécialistes sont unanimes. Aurélien Dunand-Pallaz, vainqueur de la Hardrock 100 et de la Diagonale des Fous, estime que le 18h47 de Chassagne constitue la deuxième meilleure performance jamais réalisée sur l’UTMB, derrière celle de Ben Dhiman le même jour.

Devant Jim Walmsley en 2023. Devant Vincent Bouillard en 2024. Devant Kilian Jornet et Mathieu Blanchard en 2022. Devant Tom Evans l’an dernier.

Autrement dit, Baptiste Chassagne vient de courir plus vite que des hommes qui, eux, ont gagné.

 

À noter : le départ ayant été retardé de deux heures et le parcours dévié pour cause d’intempéries, aucun chrono de cette édition n’homologue de record. Les records officiels restent ceux de Kilian Jornet (19h49’30) et Katie Schide (22h09’31).

La course : vingt minutes de retard, une chute, un sprint

Le scénario

Ben Dhiman s’échappe très tôt, après Les Contamines, et personne ne le reverra. Au passage du col Ferret, après environ 104 kilomètres et plus de dix heures d’effort, Chassagne accuse une vingtaine de minutes de retard sur l’Américain.

Puis il chute, en début de matinée.

 

À ce stade de la course, la plupart des coureurs sécurisent leur position. Lui a continué de pousser, restant solidement installé derrière le leader au passage de Vallorcine, à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée.

Le sprint qui change tout

Et c’est là que se joue le vrai exploit. Derrière lui, l’Américain Caleb Olson revient. Les deux hommes se disputent la deuxième place jusque dans les derniers hectomètres.

Verdict : quarante secondes d’écart, après 175 kilomètres de montagne et près de dix-neuf heures d’effort. Olson termine en 18h48’24.

 

Son commentaire, posté dans la foulée sur ses réseaux, résume parfaitement le personnage : « Quand tu gagnes ton match grâce à un but dans le temps additionnel. Finir au sprint après 175 km en montagne. »

Sa réaction : « C'est presque une victoire »

Au micro de la chaîne L’Équipe, Chassagne n’a caché ni sa fierté ni son admiration pour le vainqueur, qu’il désigne comme son athlète préféré : « C’est presque une victoire pour moi, il était meilleur aujourd’hui. Je suis content. Je suis vraiment honoré d’être arrivé deuxième. »

Podium Ben dhiman vainqueur et Baptiste Chassagne deuxième de l'utmb 2026 ultra trail du Mont Blanc

Un projet construit sur deux ans

Cette performance n’a rien d’un accident. Elle est le fruit d’une décision prise dès la ligne d’arrivée de 2024.

« Deux ans pour manger mon pain noir »

Après sa deuxième place derrière Bouillard, Chassagne pouvait revenir dès l’année suivante. Il a choisi l’inverse. « J’avais la conviction que j’avais fait quelque chose de beau mais pas parfaitement abouti. Et je me suis dit : comment je peux faire mieux ? La première des réponses, c’était de ne pas y retourner tout de suite. »

Sa formule pour décrire ces deux années : « Je me donne deux ans pour manger mon pain noir », c’est-à-dire s’aligner uniquement sur les courses du calendrier qui lui faisaient le plus peur.

 

Le verdict, avec sa gouaille habituelle : « Je me suis rendu compte que c’était du pain de seigle. Oui, il a la couleur un peu noire, mais en fait il est trop bon. »

Le palmarès accumulé entre-temps

AnnéePerformance
2023Champion de France de trail
20233e de la SaintéLyon, 10e de l’UTMB
2023Champion du monde par équipes
20242e de l’UTMB (20h02)
2025Vainqueur de la Diagonale des Fous (23h31’54, record de l’épreuve)
2026Vainqueur du Grand Raid du Ventoux
20264e du 90 km du Marathon du Mont-Blanc
20262e de l’UTMB (18h47’44)
baptiste chassagne vainqueur de la diagonale des fous 2025

Le down provoqué volontairement

Détail méconnu de sa préparation : Chassagne crée délibérément ses passages à vide. Ayant constaté qu’il ne pouvait pas maintenir une forme pleine sur de longs mois, il a organisé son année autour d’une sinusoïde.

Après un premier objectif rempli fin avril, il s’est imposé trois semaines de coupure totale, quitte à en souffrir. « Pour avoir des up, tu dois accepter d’avoir des down, et tout le challenge, c’est d’avoir les down au bon moment. »

 

Autre indicateur qui va à contre-courant de l’époque : à la mi-juillet, il n’avait jamais dépassé 135 kilomètres de course à pied par semaine. « J’en suis fier, parce que je suis plus fort que je l’ai jamais été tout en ayant l’impression d’avoir respecté mon corps. »

Qui est Baptiste Chassagne ?

Du Chaudron aux sentiers

Né à Lyon, 32 ans, 1,86 m pour une silhouette longiligne, il a grandi à Saint-Étienne, dans le Forez. Sa première passion n’est pas la montagne mais le football, et plus précisément les Verts. Son père l’emmène à Geoffroy-Guichard à trois ans. Il garde des souvenirs des kops sous les fumigènes.

Il jouera au football de trois à vingt-trois ans, milieu défensif. Son autoportrait : piètre technique, mais il courait beaucoup. Sa formule dans le podcast Ultra Run de L’Équipe : « À l’époque, j’étais plus Kylian Mbappé que Kilian Jornet. »

 

Il découvre le trail en 2017, à Lyon, sur les 25 kilomètres de l’Urban Trail. Son premier dossard, il le porte à vingt-cinq ans. Sans plan, sans ambition, sans même savoir ce qu’était vraiment ce sport.

L'absence de plan comme force

C’est peut-être sa plus grande singularité. « Comme il n’y avait pas de plan, je prends tout avec une grosse capacité d’émerveillement. Je n’ai pas la pression de réussir, parce que tout ce que j’ai fait est déjà supérieur à des attentes que je n’avais pas. »

 

Il attribue cette notion d’émerveillement à son professeur de philosophie de lycée, et en a fait le carburant de ce qu’il appelle son endurance de motivation.

Poète, DJ, auteur et restaurateur

Au lycée, il rêvait d’être journaliste sportif, si possible à L’Équipe. Chez lui, sa mère devait acheter deux exemplaires du journal chaque jour, l’un pour lui, l’autre pour son frère aîné, aucun des deux ne supportant de lire l’exemplaire froissé par l’autre.

 

Il passe par Sciences Po Paris, exerce comme journaliste indépendant quelques années, puis fonde son agence de communication, 40 BPM, clin d’œil au rythme cardiaque au repos d’un athlète d’endurance. Une agence qu’il a mise en pause en 2026 pour se consacrer au restaurant. Il publie en 2025 un livre consacré à Mathis Dumas, le photographe qui a accompagné Inoxtag sur l’Everest. Il mixe à l’occasion derrière des platines. Et son compte Instagram est devenu une référence pour ses textes et ses récits de course.

Le restaurant, sa nouvelle arme secrète

C’est l’histoire la plus savoureuse, au sens propre. Depuis mai 2026, Chassagne est co-gérant d’un restaurant gastronomique à Combloux, en Haute-Savoie, l’Alexpérience, aux côtés du chef Alexandre Brasset.

Il y consacre vingt-cinq heures par semaine et assure deux services, qu’il cale volontairement après ses plus grosses journées d’entraînement. Sa logique est contre-intuitive mais imparable : « Comme ça, je dors bien la nuit suivante et je récupère. Ça me donne des watts, vraiment. Et je suis heureux, ce qui fait que je suis sans aucun doute meilleur à l’entraînement le lendemain. »

 

Il y retrouve surtout quelque chose qu’il avait perdu en quittant le football : « C’est le coup de feu, tu es en équipe, tu prends le jus, tu dois délivrer. Ça me rappelle beaucoup l’esprit sportif et collectif. »

Quand le chef prépare les ravitaillements

Le duo ne s’arrête pas à la salle. Alexandre Brasset assiste Chassagne en course depuis 2023, et lui compose des ravitaillements sur mesure pour couper la montagne de glucides.

Pour l’UTMB 2026, tout était planifié : une soupe chaude à Courmayeur, au 83e kilomètre, en plein milieu de la nuit, pour le réchauffer. Et sur les autres points d’assistance, des Contamines à Vallorcine, des purées de fruits de saison, pêches, abricots ou figues, à consommer sur place puis à emporter en flasque.

 

Le principe va jusqu’au bout : les plats testés en course qui fonctionnent finissent directement sur la carte du restaurant.

baptiste chassagne serveur restaurant

Ses partenaires

Côté équipementiers, Chassagne est accompagné depuis plusieurs années par NAAK, entreprise canadienne installée à Annecy, sur toute la partie nutrition. Il travaille directement avec le NAAK Lab, une cellule où scientifiques et chefs de produit développent des prototypes individualisés.

Le principe est concret : il rédige un cahier des charges en fonction des singularités de la course, puis reçoit des gels sur mesure. Pour la Diagonale des Fous, cela s’est traduit par des gels caféinés pour la nuit, des recettes enrichies en électrolytes pour compenser la chaleur, et des gels à la menthe pour l’effet rafraîchissant. Ces prototypes constituent souvent le premier pas vers la commercialisation.

 

Il est également partenaire de Julbo pour l’optique et l’équipement. Son documentaire de préparation à l’UTMB a par ailleurs été produit avec le soutien de Back Market.

La philosophie : performer plutôt que gagner

« Je ne suis pas un gagneur, je suis un performeur »

C’est la clé pour comprendre sa réaction à Chamonix. Chassagne le répète depuis des années : « Ce qui me satisfait vraiment, c’est d’optimiser mon potentiel et de délivrer mon 100 %. Et si ça me permet de gagner, tant mieux. Mais je ne cours pas pour ça. »

 

Cette distinction a d’ailleurs failli lui coûter la Diagonale des Fous. Au 140e kilomètre, comprenant qu’il allait l’emporter, il a été saisi de vertige. C’est un journaliste, en lui apprenant qu’il était sur les bases du record, qui l’a sauvé en lui donnant un autre objectif que la victoire.

« Moyen vite, longtemps »

Trois mots brodés sur sa veste d’hydratation, devenus sa devise. Une philosophie de vie autant qu’une qualité d’ultra-traileur : ne jamais être explosif, mais savoir faire les choses de manière consciencieuse sur le long terme.

 

Il rappelle d’ailleurs une réalité que le grand public ignore : sur les dix premiers kilomètres de l’UTMB, le peloton file à 16 ou 17 km/h. « Les meilleurs coureurs d’ultra-trail sont proches des standards athlétiques de très bons coureurs nationaux sur semi-marathon et marathon. »

Effort ou souffrance ?

Enfin, il refuse catégoriquement qu’on héroïse sa capacité à souffrir. « Courir 100 km en montagne, ce n’est pas dur. C’est challengeant, c’est ultra épanouissant, mais ce n’est pas dur. »

Son argument est imparable : « La vraie souffrance, c’est celle qu’on ne choisit pas. Quand tu es malade, quand tu as de vraies épreuves dans ta vie. Si c’est trop dur, tu t’arrêtes, tu rentres chez toi, et c’est OK. »

 

Et sa leçon la plus universelle, tirée de la Diagonale des Fous : « Le meilleur en ultra-trail, ce n’est pas celui qui n’a pas de down, c’est celui qui traverse le mieux ces zones de turbulence. »

baptiste chassagne

Et maintenant ?

Chassagne n’a jamais caché ses ambitions. Il rêve de gagner l’UTMB, de regagner la Diagonale des Fous, et surtout de remporter un jour la SaintéLyon, ce 82 kilomètres nocturne entre ses deux villes de cœur, la course qui a fait naître sa passion et qui passe par le jardin de sa grand-mère.

À 32 ans, avec deux deuxièmes places à l’UTMB, un titre national, un titre mondial par équipes et une Diagonale des Fous, il est désormais installé parmi les tout meilleurs mondiaux. Reste la marche du haut à Chamonix.

 

Mais si l’on en croit sa propre grille de lecture, il a déjà gagné quelque chose de plus rare : la conviction d’avoir tout donné. « Peu importe ce qui arrive dans ma carrière sportive, j’ai une gratitude éternelle vis-à-vis de la course à pied. »

FAQ

Qui est Baptiste Chassagne ?

Un ultra-traileur français de 32 ans, né à Lyon et ayant grandi à Saint-Étienne, aujourd’hui installé en Haute-Savoie. Champion de France de trail 2023, champion du monde par équipes, vainqueur de la Diagonale des Fous 2025 et deux fois deuxième de l’UTMB, en 2024 et 2026.

Quel est l'âge de Baptiste Chassagne ?

Il a 32 ans.

Quelle est la taille de Baptiste Chassagne ?

1,86 m, un gabarit longiligne pour un ultra-traileur.

Quelle est l'origine de Baptiste Chassagne ?

Il est né à Lyon et a grandi à Saint-Étienne, dans le Forez, où son père l’emmenait au stade Geoffroy-Guichard dès l’âge de trois ans. Il se décrit lui-même comme « un peu bipolaire », attaché aux deux villes.

Où habite Baptiste Chassagne ?

En Haute-Savoie, à Combloux, au pied du Mont-Blanc, une commune qu’il qualifie de « terre d’adoption ».

Quel est le travail de Baptiste Chassagne ?

Ultra-traileur professionnel, mais pas seulement. Il est co-gérant du restaurant gastronomique l’Alexpérience à Combloux depuis mai 2026, où il assure deux services par semaine. Il a également fondé l’agence de communication 40 BPM, aujourd’hui en pause, a été journaliste indépendant, est auteur d’un livre et mixe occasionnellement en tant que DJ.

Baptiste Chassagne est-il en couple ?

Oui, il partage sa vie avec Rose, qu’il évoque à plusieurs reprises dans ses interviews.

Quelles études a fait Baptiste Chassagne ?

Il a étudié à Sciences Po Paris, après avoir rêvé au lycée de devenir journaliste sportif.

Quels sont les sponsors de Baptiste Chassagne ?

NAAK pour la nutrition, avec des prototypes développés sur mesure via le NAAK Lab, et Julbo pour l’optique et l’équipement.

Baptiste Chassagne a-t-il gagné la Diagonale des Fous ?

Oui, en octobre 2025, pour sa première participation, en 23h31’54, avec le record de l’épreuve à la clé.

Baptiste Chassagne a-t-il déjà couru la SaintéLyon ?

Oui, il a terminé 3e en 2023. Cette course nocturne de 82 kilomètres entre Saint-Étienne et Lyon est celle qui a fait naître sa passion : elle passe par le jardin de sa grand-mère au départ et se termine là où il a grandi. La remporter un jour est l’un de ses rêves.

 

Deuxième d’une course où il a couru plus vite que tous les vainqueurs qui l’ont précédé, tombé en chemin, revenu au sprint après 175 kilomètres. Il y a des défaites qui ressemblent furieusement à des victoires.

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